Poissonnier Ferran

Société d'Architecture

 

QUI SOMMES NOUS ?

L’agence d’architecture Poissonnier-Ferran créée en 1985 a acquis une expérience professionnelle tout au long de ses réalisations qui se déclinent principalement en immeubles de logements urbains construits en centre-ville.

En complément à cette spécialité, sa compétence s’est enrichie en se frottant à la conception architecturale et à la Maîtrise d’Œuvre pour la réalisation de collèges, EHPAD, locaux industriels et immeubles de bureaux.

Notre agence a été certifiée ISO 9001, pendant plus de dix ans, pour la totalité de l’acte de bâtir allant de la conception à la livraison du projet construit. Cette certification obtenue en 2002 nous a permis de rester ancrés dans une démarche qualité aujourd’hui pérenne.

Depuis plus de 25 ans, nous déclinons une architecture que nous  souhaitons identifiable et en dehors des critères de « mode ». Cette démarche originelle et volontaire est fondée sur une méthode de travail créée par Patrick Poissonnier et Alain Ferran, architectes dplg, avec le soutien de leurs assistants. Notre agence d’architecture est inscrite dans le sillon du « savoir-faire » grâce au socle de ses collaborateurs, tous salariés depuis plus de 15 ans pour le plus grand nombre.

 

RÉFLEXION AUTOUR DE NOTRE PRODUCTION DE LOGEMENTS MARSEILLAIS

Le logement collectif ou Architecture ordinaire :

«petite ou grande architecture»

Ordinaire, ce qualificatif est souvent associé à une image péjorative.  De tous temps, ce mot désigne la base, le quotidien : dans les corps de l’armée, «l’ordinaire» est servi aux militaires de premier rang alors que la cantine est réservée aux officiers ; le «service ordinaire» fut de la fin du 18ème siècle jusqu'au milieu du 20ème siècle le nom donné à certains services de l'État comme les Mines, les Ponts et Chaussées ou les Eaux et Forêts lorsqu'ils étaient chargés des missions «de base» ; les ingénieurs travaillant au sein de ces départements commençaient alors leur carrière au grade d'ingénieur ordinaire. Dans un domaine plus noble, la philosophie du langage ordinaire est aussi appelée philosophie linguistique. Cette dernière fut un courant suivant les préceptes de la philosophie analytique, qui prétendait éviter les «théories» philosophiques, les excès de formalisme afin de donner plus d'attention aux usages et aux pratiques du langage ordinaire et du sens commun.

L’ « ordinaire» en matière d’architecture est un mot que l’on utilise en opposition au mot «extraordinaire». A l’instar de la philosophie ordinaire, fabriquer de l’architecture ordinaire devient vite, aux yeux des caciques, une posture simpliste et peu valorisante pour celui qui la pratique.

Travailler sur le logement, sur l’ordinaire, c’est pourtant notre quotidien d’architectes. Cela concerne l’écrasante majorité des bâtiments construits et nécessite un travail peu reconnu au service d’une ambition inlassablement tournée vers une architecture pérenne, simple mais écrite.

L’architecture ordinaire n’est pas le lieu des gesticulations et des déclarations péremptoires d’architectes impatients de hisser leur drapeau au pinacle. En 2007, dans un article* du Moniteur, notre confrère Michel Cantal Dupart explique que les évènements de mai 1968 avaient mis un terme au Grand Prix de Rome et autres distinctions des Palais Nationaux, afin de dégager un espace à la «petite architecture», la «grande» ayant perdu son privilège.

L’initiative du Moniteur en 1983 et la clairvoyance des premiers jurys ont donné à l’Equerre une réputation qui apporte la reconnaissance à un travail et une sérieuse référence à celui qui est choisi. Ainsi, au cours des années, s’est constituée une pyramide de prétendants qui, par trémies successives, attendent leur tour avec impatience.

Michel Cantal-Dupart affirme (*) : «Non ! La grande architecture aujourd’hui est celle de l’ordinaire. Comme, par exemple, la première Equerre attribuée pour la crèche de la ville de Saint-Denis d’Enrique Ciriani en 1983. Elle couronnait le travail d’un enseignant de l’architecture, qui portait ses convictions dans son exercice de maître d’œuvre. Le jury de cette époque donnait le signe d’une évolution de notre profession.»

(*)Sources : Défié Philippe | 30/11/2007"La grande architecture aujourd’hui est celle de l’ordinaire" par Michel Cantal-Dupart

 40 ans après, cette architecture ordinaire est toujours malmenée.

En Province ou dans le  Paris qu’on ne voit plus de la tour Eiffel, la production de bâtiments souvent appelés «produits» par ceux qui les réalisent, confine au «très ordinaire». Les bienheureux adeptes de l’Architecture de «l’extraordinaire» ont beau jeu de gausser sur l’inexistence d’architecture hors leur champ d’exercice : il est vrai que l’absence d’engagement et de combat des architectes de cette production est indéniable.

 Il serait donc impossible de réaliser une architecture vertueuse dans un contexte où la commande privée est considérée comme le «parent pauvre» ; seuls les bâtiments publics issus des concours pourraient supporter une architecture audacieuse. Tel a bien été le rôle des concours d’architecture : rehausser le niveau des propositions en instaurant une concurrence qualitative. Cela s’applique avec un réel succès aux bâtiments publics : démonstrations architecturales, technologies novatrices, cathédrales laïques et singulières du génie humain…encore que l’on pourrait s’interroger sur les budgets, leur dépassement et leur coût d’entretien. Mais en logements, le concours éclaire le projet sous le feu d’un projecteur qui le rend extraordinaire : il faut gagner donc exprimer son savoir faire sur les volumétries. Cette démonstration tend naturellement vers une complexité souvent peu nécessaire et génératrice de surcoûts : cela peut donner les immeubles « dorés à la feuille » de Lyon Confluence ou certains immeubles « bavards » que nous avons réalisés nous-même à Marseille.     Ainsi s’opposent l’architecture de l’ordinaire, réservée aux «besogneux» de la profession dessinant des logements collectifs en commande privée et une architecture de l’extraordinaire réservée à l’élite qui accède à la commande publique.

 Peu importe le budget, le programme et l’étiquette du commanditaire, chaque fois que nous abordons une nouvelle commande de logements collectifs en centre-ville, c’est une épreuve nouvelle. Souvent physique, elle passera à travers les tamis de la frustration et des contraintes réglementaires qui ne cessent de s’empiler. Dans notre travail, nous ne cherchons ni la modestie, ni la gesticulation mais l’expression : celle que nous voulons juste et qui s’appuie notamment sur l’approche « contextuelle ». Il est aussi important pour un bâtiment de logements de répondre aux normes techniques et d’habitabilité que d’afficher des qualités formelles : son volume et ses façades sont aussi ceux de l’espace public, celui que tous les citoyens pratiquent.

 Marseille devient le creuset de notre imaginaire et le sillon que nous traçons depuis 20 ans s’affirme dans l’analyse des constantes d’un paysage urbain souvent hétérogène. L’architecture ordinaire, pour les logements que nous imaginons, dessinons puis construisons, s’affirme dans la modernité sans tourner le dos à la tradition. L’expression que nous développons dans la plupart de nos projets, tente de définir une architecture méditerranéenne contemporaine, en-dehors des modes et des icônes des revues. Notre écriture bannit les excès de formalisme comme la philosophie du langage ordinaire refuse de flirter avec le langage analytique, moins naturel.

 Le quartier des Catalans exprime pleinement notre propos. Depuis le large, au droit de la digue des Catalans, il est aisé de constater que les immeubles des années 1930, 1960 et 1970 se mêlent au «3 fenêtres marseillais». Ce mélange architectural spécifique à notre ville confère à celle-ci une qualité unique qui repose sur l’hétérogénéité du tissu urbain : fragmentation bâtie, simplicité des volumes et modénatures des façades. Cette simplicité affichée est une façon pudique d’assumer la fatalité de la pauvreté de cette ville. L’architecture du quartier des Catalans repose sur la radicalité d’une urbanisation qui répond aux simples critères d’habitabilités. Les immeubles de la rue Papety et de La Réserve sur La Corniche correspondaient à un moment historique d’urbanisation de la ville, durant lequel seule la réponse essentielle qui s’imposait à tous résidait dans la modernité et le confort du logement proposé toutes conditions sociales confondues.

Contrairement à nos jours la préoccupation unique et républicaine de cette époque ne s’égarait pas dans les poncifs vulgaires d’une architecture aujourd’hui attendue. L’ordinaire de cette époque consistait à répondre aux besoins d’espaces, de confort moderne et de lumière, en totale harmonie avec la pratique sociale de chacun. Dans les faits, cette architecture répondait naturellement à l’exigence méditerranéenne.

Chaque période de l’urbanisation a connu une production architecturale toujours significative ou remarquable.

Au 19ème siècle, les alignements Haussmanniens sont une réponse à une forme d’industrialisation du logement et d’assainissement de la ville. Les trames des refends sont régulières et les alignements urbains conférés aux villes donnent une modernité attendue.

Puis au début du 20ème siècle, les architectes Voyers sont les gardiens d’une typologie de façade qui devient le ferment de la qualité remarquée de la ville de Paris. Ces processus de fabrication du logement dans la capitale ont progressivement permis à l’architecture ordinaire de l’être beaucoup moins et de créer des rues et des quartiers conformes aux programmes définis par les élites. Nous sommes proches d’une architecture qui évolue de l’ « ordinaire » à l’«extraordinaire». Cette production architecturale du logement des années 30 par les architectes Voyers était principalement produite par le biais du concours et d’un jury d’élite, ce qui confirme sans ambiguïté l’adjectif «extraordinaire» associé à cette production. Cette phase de l’histoire, concernant la fabrication du logement par les architectes Voyers, souligne l’importance de la façade dans le dispositif du logement collectif.

 En essayant de renouer avec ces modes de production de logements et notamment l’aspect qualitatif de ces époques, on se heurte rapidement aux attentes des principaux acteurs de l’acte de bâtir. La production du logement collectif est confrontée aux programmes des promoteurs, aux normes et au mode de financement des surfaces habitables. Il est important de constater que le critère essentiel qui régit la production de l’architecture ordinaire du logement est le rapport nocif et incontournable entre les bilans de surface administrative (SHON et SDP) et de surface habitable - donc à vendre - de chacun des logements. A cette contrainte majeure de la surface dans la production du logement «ordinaire», s’ajoutent très normalement le cadre des règlements d’urbanisme et l’outil du mode de construction des majors du BTP. Hormis les avancées significatives en 1950, lors de la reconstruction, la production du logement a peu évolué. La seule évolution qu’il faut souligner est la perte de la mémoire collective dans la reconnaissance de l’utilité sociale d’une architecture moderne «ordinaire». A Marseille, les références qualitatives architecturales de ces époques réalisées par Devin, Bentz ou Pouillon n’ont malheureusement pas servi d’étalonnage à une production de logements collectifs « ordinaires » remarquables.

 Et pourtant dès l’après-guerre, pendant que Fernand POUILLON dessine les façades du Vieux Port, le secteur PRADO-PERIER se densifie et nombre d’immeubles de luxe sont mis en chantier. Ils sont initiés par des architectes comme DEVIN, BENTZ et LAVILLE qui assimilent les avancées du Mouvement Moderne et projettent des immeubles d’habitation en rupture avec les «3 fenêtres marseillais», référence locale d’alors.Ces projets sont devenus aujourd’hui des références de l’immeuble de luxe Marseillais. Ils ne seront pas des standards parce que tous différents (La Californie, La Résidence…) mais ouvriront des pistes qui seront développées jusque dans les années 70.

Les constantes dans l’expression en sont l’utilisation de volumétries générales simples, le travail sur le béton et les différences de nus de façade, l’emploi de matériaux nobles en parement et surtout le dessin horizontal des modénatures.

Les besoins massifs de logements des années 60 à 80 mettent un terme à ces développements architecturaux : il faut construire ! Vite faits, souvent mal bâtis, banals de pratique comme de perception, les immeubles poussent en convoquant Les Modernes pour justifier une pauvreté plastique ou, plus fort encore, en prônant une continuité régionale à travers des Bastides Provençales de 8 étages et 30 mètres de haut !

Nos envies d’architecture se tournent vers les Grands Anciens cités plus haut pour tisser à nouveau le lien qui se rompt à chaque explosion du marché du logement, celui de l’après-guerre comme celui des années euphoriques qui viennent de s’achever.

Notre ambition est de développer des architectures minérales et pérennes, de creuser le sillon de l’immeuble de logements, ce bâtiment ordinaire qui constitue la chair de la Cité.

Depuis plus de 30 ans, la production de logements collectifs s’est égarée dans la construction de bâtiments qui défigurent nos quartiers autant que nos campagnes. Cette production, qui ne répond pas aux attentes des marseillais, a créé une véritable défiance vis-à-vis de l’architecture et de la profession. Ces immeubles répondent à la simple question du clos, du couvert et au nom de « produit » marchand. Le balcon trop petit ne sert qu'à l’installation d’une parabole. L'entrée est déprimante. Les pièces sont sombres. Les matériaux se décollent. Les colonnes, les arcs  et la panoplie « Florantine » sont de rigueur. Les proportions des poteaux sont étonnantes. Les garde-corps béton sont lourds, très lourds… L'ensemble est triste : qui a envie de ça ? qui répondrait que sa couleur préférée est le grisâtre ? que son bâtiment de référence pour son confort est Le Palais des Doges ? Alors pourquoi devons-nous couvrir Marseille de ces bâtiments minimums qui ne plaisent à personne ? Faudrait-il un règlement d’urbanisme qui obligerait les élites à réagir différemment ? Cela permettrait au moins de mettre la question de la réalité architecturale du logement sur la table. Il est aussi important pour un édifice de répondre aux normes techniques que de créer de la surprise, de l'émotion, du plaisir. Cela ne devrait pas être une question esthétique mais sociale, l'affaire de tous car chacun a besoin d'être heureux et de citer sa ville en exemple. L'architecture contribue naturellement à ce bien-être puisqu'elle est au cœur même de notre «vivre ensemble», et qu’elle ne renvoie pas qu’à une question de BBC, de fiscalité ou au nombre d’étages que valideraient les riverains donc …des électeurs. Hélas ! Les méfaits de l'ennuyeux et du sinistre ne sont pas chiffrables. A aucun moment dans le futur PLU, il ne pourra être demandé de concevoir un édifice agréable, harmonieux et répondant à un mode d’« habiter » spécifique à un projet de ville pour Marseille. Il s’agira au mieux d’évoluer à petits pas vers un objectif initialement ambitieux, en le tempérant des visions teintées de conservatrices d’élus et en l’affadissant au contact des CIQ pour livrer au final un outil trop complexe pour apaiser les recours des riverains de toute construction nouvelle. En l’absence de maitrise foncière, le gagnant sera toujours le propriétaire foncier, vendeur de la parcelle, au détriment de la qualité du bâtiment dont personne ne se préoccupe - sauf l'architecte et quelques fonctionnaires de bonne volonté - s'ils en ont encore le courage. C’est donc un combat à livrer !

 

Ce combat pour une « architecture de l’ordinaire », nous le menons depuis des années dans différents projets de logements collectifs. En 1990 nous démarrons dans le métier et nos yeux sont remplis d’images, celles des immeubles modernes de nos confrères LAVILLE, VIE, CHIRIE, GROS, POUILLON, BENTZ et DEVIN. Une seule certitude : ce n’était pas la « maison de maçon » de Bouygues du moment que nous allions réaliser. Nous avions compris que notre intervention devait passer sous les fourches caudines du coût, du prix des choses que nous allions dessiner. C’est la grande différence entre l’architecture pour « monsieur tout le monde » et les bâtiments publics « dispendieux » de cette période des années 90.

 Depuis toujours l’Architecture avance par bonds successifs en agrégeant des contraintes ou des matériaux nouveaux  mais aujourd’hui les délais s’emballent sur des causes éminemment défendables dont les effets sont toutefois pervers :

- les réglementations thermiques qui, à marche forcée rattrapent  et dépassent celles de nos voisins européens, nous amènent tranquillement à abandonner la minéralité sudiste des façades autant que les loggias ; elles seront à peine assimilées  que l’on nous parlera d’autonomie énergétique des bâtiments.

- l’accessibilité aux PSH (Personnes en Situation de Handicap) tend à rendre les logements inaccessibles financièrement par l’inflation des surfaces de services et de circulations par rapport aux pièces de vie et de confort.

- l’utilisation du bois rendue obligatoire dans certaines proportions par un décret de 2010…à quand l’intervention du lobby de l’acier ou de la résine ?

 En 1994, notre premier immeuble d’habitation - Le Panoramic - est dessiné au milieu d’une des crises cycliques de l’immobilier. Il prend comme cible le prix de la construction pour offrir le maximum de surfaces tant intérieures qu’extérieures à un moindre coût, contrainte majeure de la construction de logements.

Le recours au « coffrage tunnel » comme mode constructif est arrêté dés l’esquisse, nous permettant de radicaliser l’expression du bâtiment sans aucune concession à une quelconque gestuelle architecturale. Seul le mode «habiter» est privilégié dans ce projet où de grandes terrasses sont intégrées. Notre référent du moment est l’immeuble de La Réserve sur la Corniche, qui nous semble toujours être le modèle réussi d’une architecture simple donc «ordinaire». En analysant ce type de réalisation nous nous sommes interrogés sur le rapport entre la production d’une architecture de logements collectifs « ordinaires » et le mode d’occupation dit « méditerranéen ».La loggia déclinée sous toutes ses formes et associée à la minéralité du bâti est utilisée comme une constante architecturale de notre production.

C’est parce que nous avons étudié ou simplement regardé notre ville que persiste dans notre travail, en patrimoine, cette typologie simple et radicale particulière à notre citée phocéenne.

L’architecture «ordinaire», c’est un contexte de production du logement collectif qui puise son énergie dans l’environnement proche, dans le quartier qui devient le théâtre du projet à édifier. Le principe de création que nous utilisons est l’inverse d’une conception architecturale sculpturale, formelle et décalée de son contexte. Les projets que nous réalisons sont tous issus d’une analyse des typologies et volumétries environnantes, éventuellement mitoyennes. Les immeubles du Parnasse, de Central Park ou de la rue Sainte ont été produits suivant ces principes. L’architecture «ordinaire» de ces 3 projets s’exprime dans la continuité historique des lieux tout en célébrant la modernité et une certaine façon d’exister au travers d’un parti-pris architectural simple mais affirmé.

 Le Parnasse, construit pour la Sogima, assume la tête de l’îlot bâti de l’Avenue de Toulon. Dans ce projet, le contextuel a été abordé par le biais de la diversité architecturale du quartier de Menpenti.

Les opérations des années 1970, résolument ancrées dans l’horizontalité des modénatures associées aux immeubles du début du siècle, nous ont incités au parti-pris d’un immeuble frontal sur le plus grand espace urbain, l’Avenue de Delphes. Les lignes noires affirmées des garde-corps en serrureries «méditerranéennes» soulignent les horizontalités «contextuelles» du bâti proche. Le bâtiment est de volumétrie simple lisse et les loggias sont dans l’œuvre.

Central Parc, construit pour et avec Eiffage, sur la rue du Rouet est projeté suivant les mêmes principes de l’architecture «contextuelle». Dans cette rue en mutation s’égrainent  sur toute sa longueur des immeubles contemporains de factures architecturales diverses. Construire dans ce contexte nous  interpelle sur la posture qui est adoptée pour chaque immeuble tant dans son implantation que sa modénature : chacun des bâtiments construits au cours des années 1970 à 1990 est aligné comme à la parade dans des diversités architecturales significatives. Notre projet devait être en résonnance avec ce dispositif d’alignement et nous proposons un projet homogène et frontal sur la rue du Rouet. Le choix pour une vibration horizontale simple et unique, pérenne (béton préfabriqué) mais légère pour la façade principale est préféré à une complexité des formes. C’est avec ce projet que nous commençons l’approche de l’architecture du 13008 à Marseille, en dégageons les constantes et  auquel nous associerons plus tard le terme de «logement de luxe» comme une variante qualitative au logement «ordinaire».

Le Grignan est un immeuble de logements construit sur la rue Sainte. Il est aussi représentatif de notre démarche de conception par rapport au «contextuel» dans le processus de production d’une architecture «ordinaire». Le quartier alentours est composé de bâtiments classiques marseillais et d’autres, plus remarquables, issus de la période de Napoléon III. Nous faisons le choix de construire un immeuble articulé sur le principe de deux façades distinctes. Sur la rue Sainte, le travail sur la réinterprétation du « 3 fenêtres marseillais » amène une fragmentation de façades en 3 blocs de proportion traditionnelle mais enrichis de perméabilités visuelles et du traitement des couronnements. Sur la rue de la Taulière, l’expression architecturale est rendue beaucoup plus libre au regard des typologies environnantes. Le dessin de cette façade est en résonnance avec le travail de Dunoyer de Segonsac sur l’immeuble Saint Jean : le contextuel n’est plus rattaché aux constructions environnantes mais au paysage. L’organisation intérieure des logements est donc conçue pour s’inverser suivant les étages afin de profiter du meilleur environnement suivant le niveau où l’on vit. Les premiers niveaux de logements sur la rue de la Tauliére sont modulés sur des trames de modénatures radicales et répétitives par des petites ouvertures en raison des vis-à-vis dus à l’étroitesse de la rue. Au-delà des skylines des toitures en vis-à-vis, les étages supérieurs du projet s’ouvrent sur les paysages lointains par de grandes loggias linéaires et contemporaines à l’instar de l’immeuble Saint Jean.

L’architecture «ordinaire» développée dans nos projets puise son formalisme dans l’environnement proche, bâti, social ou simplement en rapport avec le paysage. L’absence de formalisme daté ou d’originalité gesticulatoire confère à cette architecture une identité marquée qui est souvent déclinée dans la minéralité et une pérennité souhaitée.

Les sillons que nous souhaitons creuser dans les années qui viennent :

- la construction de l’ordinaire, de la rue des villes qui doit devenir le combat quotidien de tous les architectes : l’architecture de l’ordinaire constitue la chair et l’âme de nos villes.

- l’approche contextuelle qui nous contraint à nous poser la question de la place de l’architecture méditerranéenne marseillaise au cœur de cette Cité.

On  contemple encore les Catalans….Tout y est !

 

 

Patrick POISSONNIER – Architecte dplg

Né le 19 juillet 1959 à Alger.

Diplômé en 1985 de l’école d'Architecture de Marseille Luminy

 

 

Alain FERRAN – Architecte dplg

Né le 27 mars 1958  à Marseille.

Diplômé en 1984 de l’école d'Architecture de Marseille Luminy